Comment faire des retours à un·e artiste
Ça y est, tu as décidé de faire appel à un·e artiste pour travailler sur des éléments visuels de ton roman (couverture, illustration…). Problème ? Ce qu’elle t’a envoyé ne te convient pas tout à fait, et tu ne sais pas comment lui dire. Voyons ensemble comment communiquer avec ton artiste de manière à ce que le résultat final te convienne, sans vous catapulter mutuellement en burn-out.
Tout d’abord, les retours font 100 % partie du job d’un artiste. Un projet validé du premier coup sans aucune modification à faire, c’est extrêmement rare ! Ton artiste n’est pas télépathe. Un brief laisse toujours de la place à l’interprétation. Bref : les retouches font partie du processus naturel de création. Mais les demandes de modifications ne se font pas n’importe comment, et c’est ce que nous allons voir ici.
⚠️ Les visuels de travail que ton artiste t’envoie sont protégés par le droit d’auteur. Sans son accord, tu n’as pas le droit de : les diffuser, les modifier, les donner à un·e autre artiste pour qu’il s’en inspire ou les copie, les donner à une intelligence artificielle (quel qu’en soit le but).
Cet article n’engage que moi, ma sensibilité et mon expérience personnelle.
1. Tu restes respectueux et poli·e
Toi-même, tu es auteur·rice. Tu as certainement déjà reçu des retours sur tes textes. Tu sais que la manière dont quelqu’un fait des retours peut avoir de lourdes conséquences. Tes retours, aussi nombreux soient-ils, doivent donc toujours être les plus respectueux possibles. On évite les « c’est vraiment nul à chier », donc.
Si tu ne comprends pas un choix fait par ton artiste, ne pars pas du principe qu’il s’agit d’une erreur ou que ton artiste est stupide. Il y a de grandes chances que ce choix soit parfaitement justifié, mais que tu ne le comprennes pas encore car il te manque des éléments. C’est le moment de poser une question polie pour éclaircir la situation ( » Peux-tu m’expliquer pourquoi… »), pas d’exiger un changement immédiat en refusant la discussion.
Si tu as quelque chose de particulièrement délicat à soulever, tu peux utiliser l’élégante technique du « sandwich de merde » : compliment + critique + compliment.
Tu peux également formuler tes retours de manière à ce qu’ils ouvrent la discussion : « est-ce que tu penses que ? », « pourrais-tu ? », « je me demandais si ? »…
Avant d’envoyer ton mail, relis-le et demande-toi comment tu réagirais si tu le recevais. Demande-toi ensuite comment tu réagirais si tu en recevais 10 par jour écrits de la même manière, puis 10 par jour pendant 10 semaines. S’il est poli et respectueux du travail ET de la personne en face, tu peux l’envoyer.
Dernière chose : ton artiste a besoin de savoir ce qui ne va pas pour te rendre un projet qui te plaise à 100 %, mais ton artiste a aussi besoin de savoir ce qui va !
2. Tu regroupes tes retours
Prends ton temps avant d’envoyer ton e-mail de retours pour être sûr·e de ce que tu vas demander.
Mais surtout, évite d’envoyer plusieurs messages au compte-goutte.
Évite aussi de multiplier les canaux de discussion avec ton artiste (e-mail, DM insta, DM Tik Tok, DM Linkedin, appel…). Si ton artiste t’a écrit par mail, réponds-lui par mail. Si ton artiste t’a écrit sur Insta, réponds-lui sur Insta. Comme ça, elle aura tous tes retours au même endroit et saura où aller pour les retrouver.
Les risques de ne pas le faire ? Que tes retours se perdent et ne soient pas intégrés, que ton artiste ait déjà commencé à intégrer des retours que tu souhaites en fait annuler (ce qui lui fait perdre du temps, et donc, de l’argent…), mais aussi que ton artiste te facture chaque retour au compte-goutte (selon le contrat que tu as signé).
3. Tu ne retouches pas les visuels envoyés par l’artiste
Si tu as des retours à faire, tu dois les faire sans « corriger » ce qu’on t’a envoyé. Tu ne dessines pas par-dessus le visuel pour montrer à ton artiste ce que tu veux qu’elle fasse, tu ne donnes pas le visuel à une IA pour qu’elle le retouche avec tes consignes. Cela ne te viendrait pas à l’idée de commander un gâteau à une pâtissière, puis de lui prendre ses ustensiles et ses ingrédients pour lui montrer exactement ce qu’elle doit faire et comment elle doit le faire. C’est la même chose ici. C’est infantilisant et irrespectueux.
Ton artiste est une professionnelle. C’est son métier de transcrire des mots en image. Elle est donc tout à fait capable de comprendre ta demande sans que tu aies besoin de corriger visuellement son travail.
4. Tu soulèves un problème sans imposer de solution
Lorsque tu constates que quelque chose cloche ou n’est pas exactement comme tu l’aurais fait, toi, ton rôle n’est pas d’expliquer à ton artiste ce que tu penses qu’elle doit faire.*
Oui, tu passes une commande, mais c’est le nom de ton artiste qui sera associé à cette œuvre. Il s’agit de son œuvre, commanditée par toi. Si tu veux que ce soit TON œuvre, tu dois la faire toi-même. L’artiste n’est pas une « petite main » qui fait à ta place.
De ce fait, si tu souhaites que ta commande soit à la hauteur des œuvres qui t’ont autant plu dans son portfolio, il est nécessaire que tu laisses ton artiste travailler et faire ses propres choix. Ton rôle est de soulever un problème (ex : « le rose me paraît peut-être un peu trop sobre. Serait-il possible d’essayer avec quelque chose d’un peu plus extravagant ? »), pas d’imposer une solution (ex : « remplace le rose clair par du rose #E13E91 »).
Surtout, tu ne donnes pas d’ordres (« fais-ci », « change ça », « bouge tel élément ici »). Tu ne traites pas non plus ton artiste comme une intelligence artificielle. Chaque retour que tu demandes coûte du temps et de l’énergie, donc non, on ne peut pas bouger 150 fois le même élément de 1mm à la fois pour « voir ce que ça donne ».
* Cela ne concerne pas le physique des personnages, les lieux, les vêtements, ton univers en général… Bien sûr que tu es la personne la mieux placée pour savoir à quoi ressemblent tes personnages et ton univers. Bien sûr que tu as le droit de demander à ce que ton artiste remplace un t-shirt par une chemise parce que ce personnage ne porte que des chemises, etc. Ce paragraphe concerne les éléments qui relèvent de l’expertise de ton artiste.
5. Tu oublies l’intelligence artificielle
Si tu ne sais pas quoi demander comme retour, ne balance jamais les visuels de ton artiste dans une intelligence artificielle pour savoir ce qu’elle en pense. Non seulement c’est extrêmement irrespectueux, mais en plus, l’intelligence artificielle n’est pas du tout qualifiée pour juger la création artistique. Les visuels qu’elle génère elle-même ne respectent pas les règles élémentaires de graphisme, d’illustration et de communication. Elle ne comprend pas le principe des retours artistiques, et tu risques de demander à ton artiste des choses qui n’auront AUCUN sens pour ton projet. Bref : ce n’est pas à l’intelligence artificielle que tu dois demander conseil. Si tu ne vois pas de retours à faire à ton artiste, fais-lui confiance : le projet est probablement très bien comme ça.
Tu peux également être tenté de demander à l’intelligence artificielle de rédiger tes mails de retours à ta place. Tous les artistes n’ont pas forcément la même vision sur le sujet. De mon côté, je trouve ça plutôt irrespectueux de recevoir des mails rédigés par un robot, encore plus à propos d’un sujet aussi humain que la création artistique. Je préfère mille fois des phrases maladroites, avec des fautes d’orthographe, mais aussi avec de la personnalité et de la vie. En plus de ça… Tu es auteur·rice. Les mots sont censés être ton domaine d’expertise. À ton avis, quelle image cela renvoie de toi et de tes livres si tu demandes à un robot de rédiger tes mails pro ?
Bref : fais-toi confiance, s’il te plaît.
Conclusion
- Sois poli·e et respectueux·se.
- Respecte le travail et l’expertise de la personne à qui tu fais des retours.
- N’envoie pas de message que tu n’aimerais pas recevoir.
- Prends ton temps et regroupe tous tes retours dans un même message.
- N’essaie pas de faire le travail de ton artiste à sa place. Tu soulèves des problèmes, c’est à l’artiste de trouver les solutions.
- Fais confiance à ton cerveau et n’utilise pas l’intelligence artificielle.
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