Faire (et réussir) la mise en page de son roman

Tu es auteur·rice en auto-édition et ça y est,  c’est l’heure de passer à la mise en page de ton roman ?

Que cette étape particulièrement chronophage te donne des boutons ou que tu l’adores, la mise en page d’un roman obéit à des codes qui t’ont peut-être échappés. Voyons ensemble quelques détails qui rendront la mise en page de ton roman plus professionnelle et surtout, plus agréable à lire pour ton lectorat !

1. Choisis une taille et une police d’écriture adaptée à ton lectorat

Une maquette doit avant tout être agréable à lire. Tu vas donc choisir une police lisible pour ton texte courant, avec une taille adaptée à ton lectorat. Par exemple, si tu écris pour la jeunesse, veille à ce que ton texte soit écrit suffisamment gros pour faciliter la lecture par des enfants.

Côté police d’écriture, privilégie pour ton roman une police à empattements. Les empattements sont de petits traits au-dessus et en-dessous des lettres qui guident la lecture et réduisent la fatigue visuelle. Les plus connues sont Times New Roman, Garamond, Georgia…

Privilégier une police agréable à lire ne veut pas dire être obligé·e de choisir une police « classique ». Pour favoriser l’immersion dans ton roman, tu peux choisir une police agréable à lire qui soit visuellement cohérente avec ton univers. Il existe des dizaines de milliers de polices à empattements, des plus historiques aux plus modernes. Pour les trouver, pas de secret : il faut chercher et les essayer. Pour des polices gratuites utilisables dans un cadre commercial (ce qui est le cas de ton roman), tu peux te tourner vers Google Fonts.

2. Apporte une attention toute particulière à tes marges

Pour favoriser le confort de lecture, il est important que les marges autour de chaque page ne soient ni trop petites, ni trop grandes. Mais comment décider de leur taille ?

Dans un premier temps, veille à respecter les exigences techniques de ton imprimeur. Si tu places ton texte trop près du bord de ta page, il risque d’être coupé à l’impression. Attention également au nombre de pages qu’il est possible d’imprimer (notamment avec Amazon KDP) et à ton budget : plus tes marges sont grandes, plus le nombre de pages augmente. C’est là que des contraintes liées au confort de lecture interviennent : ton lecteur doit pouvoir lire ton roman sans que ses doigts ne cachent le texte.

Tu peux tout à fait mesurer les marges dans les livres de ta bibliothèque pour t’en inspirer.

3. Ne fais jamais manuellement tes sauts de ligne !

Si tu souhaites sauter une ligne (c’est-à-dire marquer un espace plus ou moins grand entre plusieurs paragraphes), ne le fais jamais manuellement. JAMAIS.

Dans tous les logiciels de traitement de texte et de mise en page, il existe un outil magique qui va te faire gagner un temps précieux et t’éviter de t’arracher les cheveux : les feuilles de style. Grâce à cet outil, tu peux paramétrer toutes les caractéristiques d’un paragraphe (police d’écriture, taille, alinéa, espaces avant ou après le paragraphe…) ou de plusieurs caractères (mot en gras, italique…). Tu peux ensuite appliquer automatiquement ce style à ton texte, où tu le souhaites, en un seul clic. Si tu changes quelque chose à un style, le changement apparaît pour tous les paragraphes ou caractères associés. C’est magique !

Tu vas donc pouvoir paramétrer tes sauts de ligne (pour qu’ils aient toujours la même taille), mais aussi tes sauts de pages. De cette manière, si tu supprimes quelque chose dans un de tes chapitres, rien ne bougera dans les chapitres suivants.

Autre avantage non négligeable : quand tu exportes ton document pour en faire un ebook, les feuilles de style font le voyage ! Encore du temps de gagné.

4. Ajoute un alinéa au début de chaque paragraphe de texte courant

En France,  il est d’usage que chaque paragraphe de texte courant dans un roman soit justifié et commence par un alinéa.

L’alinéa est une ligne comportant un petit espace avant son premier mot. 5 mm suffisent. Tu paramètres cet espace grâce aux feuilles de style (« retrait de première ligne »), pas avec la touche Tab de ton clavier.

5. Tes sauts de ligne doivent avoir du sens

En France, dans un roman, un saut de ligne entre deux paragraphes symbolise une rupture dans le texte. Si tu ne peux pas remplacer ton saut de ligne par un astérisme (ou un séparateur de paragraphe), alors ce saut de ligne n’est pas nécessaire et risque de perturber la lecture.

6. Ne numérote pas toutes tes pages !

De manière générale, on commence la numérotation d’un roman à la première page de texte complet (préface, premier chapitre…). Donc, pas de numéros de page sur la page de titre, les mentions légales, la dédicace, les TW…

Petite subtilité : on ne numérote pas la dernière page d’un chapitre. (Je répète : la DERNIÈRE. Retirer le numéro de la première page du chapitre est contreproductif : si tu as une table des chapitres à la fin de ton livre, ton lecteur a besoin d’avoir accès à ce numéro pour se repérer rapidement.)

7. Essaie de commencer tes chapitres sur la page de droite

En France, la convention veut qu’un chapitre de roman commence sur la page de droite.

Toutefois, il n’est pas toujours possible de le faire. Si ton imprimeur (ou ton budget) t’impose un nombre de pages et que tu dois choisir entre plusieurs paramètres pour faire rentrer tout ton texte (taille de police, taille des marges, chapitre à droite…), privilégie les paramètres nécessaires au confort de lecture. Dans ce cas, commencer ton chapitre à gauche nuira moins au confort de lecture que de réduire la taille des marges.

8. Vérifie ta maquette ligne par ligne

Pour assurer le confort de lecture, tu dois vérifier ta maquette ligne par ligne. (Oui. C’est long. Très long.)
Mais qu’est-ce que tu regardes, alors, pendant cette vérification ?

  • Tu vérifies qu’un paragraphe ne se termine jamais par une ligne comportant un seul mot isolé. (Sauf pour les dialogues.)
  • Tu vérifies que la dernière ligne d’un paragraphe ne se retrouve pas isolée en haut de la page suivante. On appelle ça une ligne veuve.
  • Tu vérifies que la première ligne d’un paragraphe ne se retrouve pas isolée en bas d’une page. On appelle ça une ligne orpheline.
  • Tu vérifies que l’espace entre les mots ne soit ni trop grand, ni trop petit. Pas de panique, c’est assez instinctif : tu remarqueras assez vite si tes lignes sont  trop resserrées, ou au contraire trop lâches. L’idéal est d’avoir des lignes comportant environ le même nombre de mots (à l’exception de la dernière ligne).

Conclusion

Faire la mise en page de son roman prend (beaucoup) de temps, mais c’est une étape cruciale pour assurer à ton lectorat une expérience de lecture optimale.

Selon moi, une maquette bien faite, c’est une maquette qui ne devient pas un obstacle à la lecture du texte, qu’importe son originalité ou son design.

FOIRE AUX QUESTIONS

Tout d’abord, rappelons que les maisons d’édition ne sont pas des entités divines détenant la science infuse, mais des entreprises employant des personnes plus ou moins qualifiées. Attention, donc, à qui tu utilises comme référence. Toutes les maisons d’édition n’ont pas forcément les moyens de faire appel à un·e maquettiste, ou de le/la rémunérer correctement. Elles n’ont parfois pas non plus à leur disposition le temps nécessaire à la création d’une maquette de qualité. Dans certains cas, la maquette d’un livre peut être faite avec les moyens du bord par une personne dont ce n’est pas le métier. Or, il est difficile d’appliquer les règles quand on ne les connaît pas. Il est aussi possible qu’une personne dont ce n’est pas le métier ait piloté le projet et ait ordonné certaines choses, au grand regret du maquettiste en charge de la maquette. Donc, tout comme il existe des textes « mal » corrigés ou « mal » traduits, il existe des maquettes « mal » faites.

On se rappelle aussi que l’erreur est humaine 😉

Faire la mise en page d’un roman, ce n’est pas seulement couler le texte dans un logiciel et y ajouter trois fioritures. Il s’agit d’un travail de création (choisir les polices, les marges, construire un univers) et de technique (assurer le confort de lecture). Le travail ligne par ligne à lui seul prend DES HEURES. À cela s’ajoutent toutes les modifications demandées par l’auteur·rice ou la maison d’édition qui n’ont rien à voir avec la maquette en elle-même : changer un mot, une phrase, un élément de ponctuation, corriger des fautes d’orthographes. Voir son roman mis en page change la perception du texte, et il y a généralement des centaines de correction de ce type par projet. Enfin, la personne en charge de la maquette va également exporter le fichier pour l’impression et assurer un suivi de cette impression pour être sûr·e que le résultat soit à la hauteur des espérances de chacun.

À titre informatif, je facture les maquettes de roman à partir de 0,0015 €/signe espaces comprises, ce qui est le MINIMUM pour que je puisse faire mon travail correctement ET dans des conditions décentes.

Margot
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